LE LIVRE BLANC DES IIIe RENCONTRES DU LAB : FOCUS SUR LES RECOMMANDATIONS

Livre Blanc Le LAB 2017 – BD (1)

Le LAB (Land of African Business) a publié son livre blanc (téléchargeable ci dessus) suite aux Rencontres organisées en 2017 à Abidjan.

Voici in extenso les recommandations finales de ce rapport :

ECONOMIE ET ENTREPRENEURIAT

FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT DES PME EN AFRIQUE

L’entrepreneuriat est traditionnel en Afrique, une grande partie des populations africaines, femmes en tête, a une activité d’entrepreneur, pour l’immense majorité dans le secteur informel. Les entrepreneurs africains sont néanmoins limités dans leur expansion par un déficit de compétences, un manque d’accès au financement ainsi qu’à un accompagnement, mais aussi par l’absence d’un système régulateur et juridique fiable.

Réformer la gouvernance

Le développement de l’entrepreneuriat ne peut se faire sans un encadrement légal et une régulation étatique :
• Doter les économies nationales d’un cadre législatif et réglementaire ;
• Simplifier et adapter les démarches administratives aux réalités de l’entrepreneuriat africain ;
• Engager une harmonisation au niveau régional voire continental pour mieux permettre le développement multinational des entrepreneurs ;
• Fournir un accompagnement et un suivi juridique à ceux qui s’engagent à sortir de l’informel.
Note : pour plus d’informations sur les aspects réglementaires, l’harmonisation juridique et le droit OHADA, voir le Livre blanc de la 1ère édition du LAB en 2015.

Permettre la transparence

Il faut donner aux entrepreneurs les moyens de rassurer leurs prêteurs :
• Mettre en place un système d’information sur la solvabilité des emprunteurs ;
• Améliorer le fonctionnement des registres de crédit ;
• Créer des fonds de garantie pouvant couvrir la prise de risque des prêteurs ;
• Développer les politiques publiques pour les prêts d’amorçage.

Augmenter l’accessibilité et la qualité des services bancaires

Face à l’explosion de la digitalisation, la pertinence et l’adaptabilité de l’offre des banques aux besoins des populations et du marché sont remises en question :
• Prendre en compte la spécificité des enjeux économiques des pays d’implantation ;
• Sensibiliser les populations, à travers des politiques publiques notamment, à la pertinence de l’épargne et de la bancarisation ;
• Améliorer l’accessibilité des services bancaires, en particulier en zone rurale, en s’appuyant notamment sur les nouvelles technologies.

Diversifier les sources de financement

• Favoriser le développement des institutions non bancaires (comme les assurances ou les coopératives de crédit) ;
• Développer les institutions de microfinance et de mésofinance ;
• Développer des politiques publiques pour les prêts d’amorçage.

METTRE EN PLACE UN ÉCOSYSTÈME DE CROISSANCE POUR LES PME

Les entrepreneurs africains peinent à faire grandir leurs projets par manque d’accompagnement. Un meilleur accès aux compétences et à l’information leur permettrait de mieux convaincre les investisseurs.

Créer une chaîne de valeur continue 

• Développer des programmes d’accompagnement des entrepreneurs afin qu’ils puissent construire un modèle économique viable ;
• Multiplier la création d’incubateurs pour start-up, réels gages de valeur ajoutée ;
• Mettre en réseau les acteurs de financements pour fluidifier la croissance d’une entreprise.

Informer les acteurs de l’actualité de leur secteur 

• Publier des rapports économiques (sur les opportunités technologiques et financières notamment) ;
• Sensibiliser aux techniques de vente, de commercialisation et de communication ;
• Informer des modalités d’accès aux financements ;
• Organiser des événements favorisant les rencontres des acteurs d’un même secteur.
Le développement et l’adoption de modes de management adaptés aux spécificités économiques, sociales et culturelles du continent africain, est crucial. Ils peuvent être conçus en Afrique ou importés d’autres continents si l’on prend la peine de les repenser pour les adapter au contexte local. Leur transmission aux entrepreneurs locaux est par la suite nécessaire, notamment dans les PME, afin de sortir d’une démarche souvent trop attentiste.

DÉVELOPPER ET MODERNISER L’ADMINISTRATION FONCIÈRE

L’agriculture représente encore plus de 20 % du PIB africain, mais la régulation foncière défaillante est un frein aux investissements.

• Sensibiliser, éduquer et informer les populations rurales du bénéfice d’une gouvernance foncière régulatrice ;
• Renforcer les droits fonciers et réformer les résidus inégalitaires (accès encore fragile des femmes et des jeunes notamment à la propriété foncière) ;
• Créer des cadastres locaux fiables, puis les agréger au niveau national ;
• Développer l’usage administratif des technologies de l’information et de la communication qui permettent de réduire le coût d’administration des terres et de sécuriser ces informations.

TECHNOLOGIE

ACCROÎTRE LA BANCARISATION SUR LE CONTINENT A TRAVERS LES INNOVATIONS TECHNOLOGIQUES

Le numérique a conquis l’Afrique à grande vitesse. Internet se diffuse plus rapidement et plus équitablement que la richesse mondiale, malgré de fortes disparités persistantes. 82 % du continent est couvert par un service de paiement mobile, un atout dont l’Afrique pourrait mieux profiter :
• Investir davantage dans les infrastructures digitales, en particulier en zones rurales ;
• Développer la compatibilité des transactions de mobile money entre opérateurs mobiles et d’un pays à l’autre ;
• Développer l’usage de la blockchain et des cryptomonnaies en Afrique en sécurisant les données
personnelles ;
• Sensibiliser les populations à leur utilité (sécurisation des données, absence d’intermédiaire).

SOCIÉTÉ

ŒUVRER POUR ÉMANCIPATION PROFESSIONNELLE DE LA FEMME AFRICAINE

• Améliorer l’accès à l’éducation des jeunes filles ;
• Mettre en place un plan d’action permettant l’amélioration de l’accès des femmes aux ressources foncières ;
• Démocratiser l’accès des femmes aux services financiers, améliorer leur sécurité personnelle, leur connexion aux infrastructures, leurs droits juridiques et leur représentation ;
• Oeuvrer pour un changement des mentalités mettant en avant une femme émancipée en sensibilisant les jeunes filles dès leur plus jeune âge à travers du tutorat ou la communication sur des modèles de réussite féminins dans les affaires et autrement que comme le pilier de la famille ;
• Changer les pratiques publicitaires en représentant les femmes dans toute leur diversité ;
• Faire prendre conscience aux entreprises de leur responsabilité en tant que créatrices de contenu culturel et de vecteur de l’image des femmes.

METTRE EN PLACE DES PROGRAMMES ÉDUCATIFS ADAPTES AUX RÉALITÉS PROFESSIONNELLES ACTUELLES

La corrélation entre diplômes et chômage se fait de plus en plus sentir sur le continent, preuve d’une inadéquation des formations professionnelles avec les besoins du marché du travail :
• Mener un travail d’enquête et d’identification des réels besoins et attentes du marché du travail ;
• Faire de la formation aux métiers du numérique un axe majeur de l’éducation au vu des mutations du marché de l’emploi ;
• Favoriser les échanges entre les institutions de formation (écoles, universités) et les acteurs privés (grandes entreprises nationales, entreprises de la diaspora, grandes entreprises internationales) afin de renforcer la formation et de faciliter le transfert de compétences ;
• Développer les compétences permettant de favoriser le changement d’échelle des entreprises informelle et tirer le plus grand bénéfice de l’énergie entrepreneuriale des jeunes et des femmes.

PROTÉGER INDÉPENDANCE JOURNALISTIQUE ET ENCOURAGER LA CRÉATION ARTISTIQUE AFRICAINE

• Créer des synergies entre médias et entreprises pour un journalisme libre et indépendant ;
• Poursuivre l’ouverture à la concurrence des chaînes télévisées privées afin d’encourager la production et la création cinématographique locale créée pour le public africain ;
• Développer des partenariats entre producteurs et distributeurs pour donner l’opportunité aux jeunes réalisateurs de créer du contenu mettant en valeur les pays africains.