INTERVIEW DE LA TALENTUEUSE ET PETILLANTE CHEFFE GEORGIANA VIOU

Mis à jour : nov. 18

Pour rappel, cette rubrique « Gastronomie africaine » a vu le jour en mars 2020 et a pour vocation de faire connaître au plus grand nombre les recettes venues des différents pays du continent africain, ainsi que leur histoire.



Cheffe Georgiana, votre visage et votre sourire nous sont familiers, puisque vous avez participé en 2010 au jeu télé Master Chef et avez terminé parmi les finalistes. Originaire du Bénin, vous êtes une cheffe cuisinière marseillaise, qui s’inspire du terroir méditerranéen mais aussi de la cuisine de sa mère et de sa grand-mère, pour proposer une cuisine gastronomique mais conviviale, avec des produits issus majoritairement de filières responsables et bio.


1. Pouvez-vous nous présenter votre parcours ? En quelques mots, après des études de langues étrangères appliquées, j’ai décidé de donner la priorité à mon autre passion : la cuisine. Autodidacte, j’ai eu la chance de perfectionner ma technique dans différents restaurants gastronomiques en France et à l’étranger. En 2015, le Gault et Millau m’a décerné le prix Jeunes Talents ainsi que 2 toques pour l’établissement que je tenais à l’époque. Aujourd’hui, cheffe itinérante, j’habite toujours à Marseille. Je travaille sur l’écriture d’un livre de recettes béninoises en attendant un nouveau projet de restaurant.

2. Comment décrirez-vous votre style de cuisine et comment se distingue-t-il des autres ? Grillée, parfois crue, fumée, quelques fois mijotée ou fermentée, ma cuisine est surtout vivante. En l’écrivant, je réalise que ce sont beaucoup de cuissons de mon enfance. Il y a toujours des herbes, de l’huile de palme artisanale, parfois des agrumes et souvent de l’ail, du gingembre, du poivre, du piment et toujours de l’huile d’olive. Elle se distingue sûrement des autres par sa singularité dans le sens où elle ne rentre dans aucune catégorie si ce n’est une cuisine du cœur.




3. Où puisez-vous votre inspiration ? Mon inspiration s’étoffe au fil des années. Elle est empreinte du souvenir des cuisines de ma grand-mère et de ma mère que je sollicite toujours :). L’inspiration me vient aussi de mes voyages et de certaines lectures. 4. Quels ingrédients/produits de la cuisine africaine aimez-vous particulièrement travailler ? Plusieurs me viennent à l’esprit. Je commencerais par la base de l’assaisonnement au Bénin : ail/poivre/gingembre. Le gari qui est une semoule dérivée du manioc très populaire maintenant en Afrique de l’ouest. En réalité, je pourrais en citer beaucoup d’autres tellement nos pays d’Afrique sont riches en produits.

5. Quel état des lieux pouvez-vous nous faire de la gastronomie africaine ?   Pour moi il n’y a pas de gastronomie africaine mais une gastronomie béninoise, marocaine, éthiopienne, camerounaise, nigériane, etc. Toutes ces cuisines commencent à se faire une part belle sur la scène internationale, dans les médias et s’invitent désormais sur les plus belles tables. C’est une très bonne chose.

6. Quel chef(fe) vous inspire ? La mère BRAZIER, la pionnière ; on lui doit de nous avoir ouvert la voie. Dominique CRENN, pour la liberté, l’engagement et tout ce qu’elle encourage d’être aujourd’hui en tant que cheffe dans notre société. Plus près chez moi, et du cœur aussi, Reine SAMMUT, tout un modèle et une manière d’être au monde que j’admire. Yves CAMDEBORDE, parce qu’hier comme aujourd’hui, il stimule toujours ma volonté de faire mieux, encore et encore. Il y a aussi tous les copains et copines des associations dont je fais partie : Gourmediterranee, Les Nanas de La Food Sphère, Mujeres en Gastronomia et aussi toute la nouvelle vague de jeunes chef(fe)s africainsqui, de collaborations en voyages, de festivals aux forums, sont des sources d’inspirations quotidiennes et inestimables. 7. Quelles sont selon vous les qualités requises pour être un bon cuisinier ? Il faut de la technique, bien sûr. De la rigueur et une connaissance certaine des produits. Mais, par-dessus tout, il faut du cœur, de la passion, du goût. Bref, ne jamais oublier que lorsqu’on cuisine on donne de soi et, par conséquent, il vaut mieux que ce soit bon ! 8. Que faites-vous quand vous n’êtes pas aux fourneaux ? Je dors. Je lis, enfin je tente de lire et d’être loin de la cuisine. Ça ne dure jamais très longtemps, mes enfants trouvent toujours une occasion de me ramener devant un plan de travail. A part ça, je nage autant que possible. 9. Pour finir, quelle recette souhaitez-vous partager avec nous ? C’est assez simple : (…) Et vous aurez un Gari Foto. Un plat traditionnel béninois.


La recette : Gari foto de mon enfance

Cette recette simple et savoureuse peut être déclinée de mille manières. Une fois le gari humidifié à souhait, il suffit de l’agrémenter en laissant libre cours à ses envies et son imagination. 

Ce plat peut être consommé seul, en guise d’entrée ou en accompagnement d’une viande, d’un poisson ou de crustacés. Il est également délicieux avec des restes de mantindjan* par exemple. 

Attention cependant à la quantité de gari : s'il y en a trop par rapport aux autres ingrédients, le résultat est sec et peu savoureux.


Préparation : 15 min 

Cuisson : 5 min 


Pour 4 personnes : 

  • 100 g de gari

  • 4 œufs

  • Un peu d'huile de tournesol, ou une autre huile neutre

  • 2 tomates émincées 

  • 100 g de concombre

  • 2 cebettes émincées 

  • Du piment rouge frais, piquant (facultatif)

  • De la menthe et/ou du persil

  • Fleur de sel et poivre du moulin

Mouiller le gari avec 4 cl d'eau, mélanger et réserver. Il ne doit être ni trop sec ni trop mouillé. Ajouter un filet d’huile. 

Couper le concombre en fines rondelles. Émincer le piment. Réserver. 

Préparer une omelette. Laisser refroidir puis hacher grossièrement au couteau. 

Mélanger les morceaux d'omelette avec le gari. Rectifier en sel et poivre et disposer dans un plat de service par ex. Ajouter les tomates et les cebettes. Enfin le concombre, le piment émincé et les herbes ciselées. 

Déposer le citron vert couper en quartier pour finir. 

À Marseille je remplace l’huile de tournesol par de l’huile d’olive mais chut !

Et l’été étant derrière nous, on peut se passer des tomates et remplacer pourquoi pas par de la courge confite, des brocolis, etc. 


Une recette béninoise sans frontières finalement :)

Le gari (ou garri) est une semoule ou une farine de manioc qui entre dans la composition de nombreux mets en Afrique de l'Ouest. Obtenu à partir des racines de manioc, le gari se présente sous forme de semoule fine, blanche ou jaune et croustillante. Il se consomme sucré ou salé et peut être trouvé dans les magasins de produits exotiques.

* Le Matindjan est une sauce qui se prépare au Bénin avec différentes sortes de légumes feuilles. La traduction du fon (langue du Bénin) en français définit le Mantindjan comme une sauce légumes dans laquelle il n’y a plus de place, tellement elle regorge d’ingrédients divers et savoureux.



Cheffe Georgiana, merci d’avoir répondu à nos questions et partagé votre passion pour la cuisine. Votre recette de Gari foto donne très envie et je suis certaine que nous serons nombreux à essayer de la reproduire chez nous. Vous aussi, n’hésitez pas à aller sur notre Forum de discussion pour partager avec nous vos feedbacks sur cette recette, ainsi que vos petits astuces et secrets pour la personnaliser. Et ne l’oublions jamais, la cuisine retisse les liens et a ce singulier pouvoir de nous rassembler par-delà nos différences, autour du plaisir originel et universel des arts de la table. 


Interview de Carole Sagbo - Le 22/10/2020

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