INTERVIEW DE M. JEAN-YVES MARTIN, DG DE L’AGENCE TABOO ET ADMINISTRATEUR DU MÉDIA EN LIGNE ON ART

Pour rappel, cette interview est destinée à la rubrique « ART & CULTURE » du site web de La Maison de l’Afrique. En effet, cette dernière a été créée pour faire découvrir et mettre en avant les talents et acteurs du monde artistique et culturel africain.


M. Jean-Yves MARTIN est le Directeur Général de l’agence d’ingénierie culturelle & créative TABOO et l'administrateur du média en ligne ON ART, dédié aux arts visuels africains. Originaire du Bénin, il est êtes également un expert en communication.


1. Pouvez-vous nous présenter votre parcours en quelques lignes ?

J’ai étudié le marketing et travaillé plus d’une douzaine d’années comme directeur artistique dans le secteur de la communication. J’ai également eu diverses expériences au sein de structures comme AG Partner, Fondation Zinsou, où j’ai occupé des postes variés et généralement polyvalents. J’ai ensuite mené plusieurs missions d’études et de production déléguée pour le compte d’entreprises africaines et françaises ces quatre dernières années.

Aujourd’hui, avec Taboo j’offre mon expertise dans des domaines variés à travers des consultations sur les projets culturels viables, les opportunités possibles pour les territoires, ainsi que le développement de modèles économiques innovants associant culture et engagement social : philanthropie, mécénat, handicap, inclusion… afin de me mettre encore plus au service de l’humain.



2. Parlez-nous un peu plus en détail des activités de l’agence TABOO et du média ON ART


Taboo est avant tout une agence d’ingénierie culturelle qui accompagne les communautés et les acteurs privés dans la création et la réalisation de divers projets culturels à destination du grand public. Actuellement, l’agence pilote, en phase test essentiellement, divers concepts et modèles qui ont vocation à exister sur le long terme et à se répliquer pour les plus performants d’entre eux.

L’un de nos principaux objectifs étant d’amener la culture sous toutes formes vers le grand public, nous avons lancé en début d’année ON ART, un média en ligne dédié à la culture et plus particulièrement aux arts visuels d’origine africaine.


Ce projet qui nous tient particulièrement à cœur, est né du constat qu’il existait un certain vide en matière de mise à disposition de l’information exclusivement en rapport avec le monde de l’art africain dans le milieu francophone. Avec ce média culturel, nous avons donc fait le pari de créer ce canal et de le nourrir afin de devenir un média incontournable pour les différents acteurs de ce secteur.


Progressivement, nous mettons en place une équipe de production qui sera non seulement en mesure de couvrir l’actualité, mais également d’analyser les tendances. Un pari difficile certes, mais que nous comptons bien gagner à terme.


A partir de Novembre 2020, Taboo lancera ON ART AGENCY, notre section dédiée à l’accompagnement des artistes plasticiens africains dans leur développement stratégique. En résumé, notre équipe aura pour mission de prendre en charge les volets administratifs et commerciaux des artistes que nous représenterons, afin de permettre à ces derniers de se consacrer à la création. Cela inclut la prospection, la négociation et le suivi des contrats, mais aussi la communication autour de leurs activités et plus globalement la gestion des relations avec les différentes parties prenantes : acheteurs, galeries, médias, etc. Nous nous assurerons de créer et de suivre le parcours des œuvres, depuis les ateliers jusqu’à leur lieux d’acquisition ou d’exposition, en permettant ainsi aux artistes de faire ce qu’ils savent faire le mieux : créer.


Ces actions s’inscrivent dans notre vision de professionnaliser le métier d’artiste plasticien en milieu francophone, avec à moyen-long terme la possibilité d’étendre le modèle aux autres acteurs du secteur artistique : collectionneurs, agents d’artistes, fondations artistiques, etc.


En plus de ces deux projets, Taboo organise mensuellement, depuis juillet 2020, Openmic, un événement jeunesse itinérant de musique urbaine au Bénin. Nous venons par ailleurs de finaliser un projet de maison d’édition en ligne, qui offrira aux auteurs africains la possibilité de se vendre plus aisément sur les marchés européens et américains. Il sera officiellement lancé dans les prochains jours.


3. Quel état des lieux faites-vous de l’art contemporain en Afrique ?


L’art contemporain en Afrique est en pleine évolution. Le continent est très riche en matière de créativité et il attire de plus en plus les regards.

Depuis quelques années, s’organisent des foires internationales purement dédiées à l’Afrique et plusieurs grandes galeries s’installent ou se font représenter dans nos capitales. Certains Etats investissent également dans les événements à forte dimension artistique, comme c’est par exemple le cas au Sénégal avec le Dak'art. A défaut, d’autres participent activement à la création de lieux pour la valorisation du secteur.


Si tous ces efforts sont louables, nous avons besoin de plus encore. Je pense notamment à la mise en place de politiques culturelles solides, soutenues par des budgets conséquents pour encourager la création et la pérennisation de foires, de salons et autres événements artistiques qui devront être médiatisés comme cela se doit, afin de valoriser le travail de nos artistes.

Je pense par ailleurs qu’à l’heure actuelle, le marché de l’art en Afrique présente deux visages différents selon qu’on soit en environnement anglophone ou francophone. De ce que j’ai pu observer, le marché des arts plastiques en Afrique anglophone semble beaucoup plus structuré. Ses différents acteurs parviennent à s’imprégner des tendances du marché international et ses agents créent les liens nécessaires pour une diffusion à grande échelle des travaux des artistes, grâce à de solides affiliations avec les grandes galeries. Résultat : leurs artistes intègrent plus aisément les grandes collections et ventes aux enchères.


A l’opposé, le marché francophone est encore très informel et les métiers qui tournent autour de l’art sont trop peu existants. Cependant, il faut reconnaitre que le bouleversement des classes sociales observé dans le contexte francophone au cours de la dernière décennie, crée un terrain favorable à une plus grande diffusion de l’art sur les petits marchés internes.

Progressivement, l’art n’est plus perçu en Afrique comme la chasse gardée d’une certaine classe. Avoir une œuvre d’art aujourd’hui, c’est un peu comme avoir un lecteur vinyle chez soi dans les années 80. Ce qui est en outre rassurant, c’est que je connais de plus en plus de jeunes de ma génération qui collectionnent de l’art. Ce qu’ils achètent ? Des artistes qui leurs ressemblent, dont les créations leur parlent, et dont ils se sentent proches.


4. Quels sont les projets artistiques et/ou culturels qui vous inspirent ou vous tiennent à cœur ?


Ma première ambition reste avant tout de contribuer activement à décloisonner la pensée des enfants africains face à l’art, afin de leur donner accès à ce monde qui semble malheureusement encore très élitiste en Afrique francophone. J’ai eu la chance d’apprendre mais aussi d’agir activement dans ce sens pendant quelques années, lors de mon passage à la Fondation Zinsou qui y contribue activement depuis 2005. Aujourd’hui, d’autres doivent emboiter le pas à cette démarche et je compte bien être de ceux-là.


Pour ce qui est des projets qui m’inspirent, je pense tout particulièrement au concept « Aux impossibles imminents » du jeune artiste togolais elom20ce qui, à travers ses clips documentaires, met en lumière des talents africains qui font de merveilleuses choses. Je ne le connais pas personnellement et ne l’ai jamais rencontré, mais j’ai un profond respect pour son travail que je suis avec une certaine attention depuis quelques années.


Tout comme lui, beaucoup d’Africains apportent de nouvelles choses, testent, parfois échouent, mais contribuent quand même à leur manière à faire rayonner le continent. Et c’est ce qui compte !


5. Sur ON ART, vous parlez des actualités et événements culturels, mais mettez également en avant des portraits d’artistes africains. Quels sont les critères de sélection de ces artistes ?


L’objectif est avant tout de faire connaitre les artistes qui apportent une plus-value par la qualité de leur travail et qui cassent un peu les codes.


Sur notre plateforme, vous retrouverez par exemple un portrait de Kehinde Wiley qui offre une résidence d’artistes au Sénégal, un autre de l’artiste plasticien ghanéen le plus coté du continent Africain, El Anatsui, mais aussi une interview de Marius Dansou, jeune sculpteur béninois qui n’est pas forcément aussi connu que les deux premiers, mais dont le talent est indiscutable.


En somme, il n’y a pas de critère particulier mais avant tout, un coup de cœur ou un lien développé progressivement avec l’artiste, cette même connexion que nous recherchons quand nous sommes devant une œuvre d’art.


Si un artiste souhaite figurer sur ON ART, qu’il nous fasse simplement un email depuis la page contact de la plateforme pour nous présenter son travail. Nous échangerons avec lui et aviserons, de concert avec la rédaction.



6. Et vous, quels sont vos artistes africains préférés, tous domaines artistiques confondus ?


Je risque de faire des jaloux...

Musicalement déjà, je dirai Richard Bona, Lokua Kanza (que je peux écouter à longueur de journée sans m’en lasser), mais aussi Lionel Loueke, que j’ai connu très jeune et que j’admire tout particulièrement.

Dans le monde des arts visuels : Omar Victor Diop, dont j’admire énormément le travail et que je me suis promis d’ajouter à ma collection un jour. Il y a également Hector Sonon, que nous venons d’ailleurs de signer avec ON ART AGENCY, Magou Amédé, l’un des plus grands plasticiens à mes yeux, avec qui j’adore échanger et auprès de qui j’aime prendre conseil.


7. Quels événements culturels nous recommanderiez-vous en cette fin d’année ?


Le chamboulement lié à la crise de la COVID-19 ne permet pas de faire de recommandations d’événements sans courir certains risques d’annulation. Cependant, je pense qu’il y a trois expositions qui se tiendront prochainement, chacune dans une capitale africaine et qu’il ne faudra pas manquer :

- L’exposition personnelle Stasis de Sadikou Oukpedjo à la galerie Cécile Fakhoury de Dakar jusqu’au 20 novembre 2020 ;

- L’expo LOME+ qui ouvre ses portes au public à partir du 22 novembre au Palais de Lomé (Togo) ;

- L’expo de Hector Sonon à l’Institut français de Cotonou (Bénin) qui ouvre très bientôt.


8. Pour finir, avez-vous une citation en rapport avec l’art et la culture africains ou d’un artiste africain que vous souhaitez partager avec nous ?


Je parlerai d’un souvenir lors de la préparation de l’exposition « Arè » du plasticien béninois Romuald Hazoume. Durant la préparation de l’événement, il avait alors partagé cette réflexion qui m’est restée dans la tête depuis lors : « Si vous perdez votre culture, vous mourrez… Si vous oubliez d’où vous venez vous êtes morts. Vous n’allez plus exister et vos enfants ne sauront plus d’où ils viennent … »

Une citation qui suscite tout un questionnement.


Merci M. MARTIN d’avoir accepté de répondre à cette interview pour La Maison de l’Afrique.



Interview de Carole Sagbo - Le 28/10/2020

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